Les pratiques de sobriété et de frugalité comme avantage concurrentiel pour les entreprises

Par osbornejustine
Publié le 3 novembre 2026 · 1 vues
Réalisé dans le cadre du cours de Sylvain Amoros professeur a HEC Montréal
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Qu’est-ce que la sobriété et la frugalité numérique? 

La sobriété numérique fait référence à la réduction des usages de l’IA et des ressources technologiques trop énergivores. Il n’est pas question de les éliminer totalement des processus organisationnels, ce qui s’avèrerait presque impossible à l’ère actuelle, mais de les utiliser seulement lorsque nécessaire et pertinent. Une entreprise pourrait décider de fixer un horaire restreint pour ses ‘chatbots’, par exemple, que ces derniers soient seulement actifs lorsque les employé(e)s ne sont pas disponibles. On vient ici réduire une activité numérique et la remplacer par une expertise humaine; à noter il faut dans ce contexte évaluer les réels besoins de l’entreprise et ses clients.

La frugalité cherche plutôt à créer le maximum de valeur ajoutée avec le moins de ressources possibles. Ce ratio peut devenir très intéressant pour les analystes marketing; la valeur créée par rapport aux ressources mises en œuvre pour la réalisation d’une tâche spécifique ou d’un événement.

La surproduction de données et de contenu : repenser nos pratiques 

On peut parler de sobriété et de frugalité sous différents angles, entre autres au niveau des données et de leur gestion; est-ce que les marques ont réellement besoin de banques de données comportementales aussi exhaustives sur leurs clients? Autrement dit, est-ce que toutes les données clients collectées finissent par être utilisées, et apportent-elles des résultats mesurables? Est-ce qu’une entreprise propose un plan de gestion de ses données désuètes? Est-ce qu’une technologie est justement utilisée pour faire le ménage des données? Si oui, est-elle fiable et sécuritaire? Bref, les gestionnaires marketing ont amplement de questions à se poser en ce qui a trait aux données qu’ils collectent, utilisent, et dont ils veulent se débarrasser. 

Il est aussi question de sobriété au niveau de la production de contenu. Effectivement, l’IA générative est une véritable machine à produire et peut créer des milliers d’images et vidéos en quelques secondes seulement. Ceci dit, qu’en est-il de la qualité de ce contenu? N’est-il pas plutôt intéressant pour une entreprise de miser sur la qualité et non la quantité du contenu pour augmenter son taux d’engagement? L’entreprise a-t-elle des critères d’analyse de la qualité pour son contenu créé par l’IA? 

Les mesures de sobriété et de frugalité comme avantage concurrentiel 

Bien que les raisons ayant menées au développement du concept de sobriété et de frugalité numérique soient entre autres dûes à des motivations environnementales, il est intéressant de chercher à comprendre comment elles peuvent aussi devenir un levier d’optimisation, ainsi qu’un véritable avantage concurrentiel pour les entreprises qui les adoptent. Quatre avantages sont particulièrement pertinents à analyser lors de l’implantation de telles mesures;

la réduction des coûts, l’augmentation de l’efficacité, l’optimisation de l’expérience client et l’amélioration de l’image de marque

Si l’intelligence artificielle connaît une aussi grande popularité aux yeux des gestionnaires marketing, c’est entre autres car elle permet des économies budgétaires et de temps de travail. Effectivement, l’utilisation de l’IA pour automatiser des descriptions de produits, créer du contenu, analyser des clientèles, sont des stratégies d’IA facilement implantables, presque gratuites et extrêmement rapides. 

Ceci dit, ce n’est pas parce que l’IA ne coûte presque rien que les entreprises doivent en faire un usage irréfléchi. On peut même défendre qu’une surcharge d’IA ou de technologies lourdes peut aussi s’avérer dispendieuse. La sobriété numérique permettrait donc de réduire les coûts en utilisant des processus d’IA nécessaires et performants aux bons endroits et aux bons moments seulement, et en réduisant tout ce qui est utilisé de façon superflue. Par exemple, travailler sur un serveur proportionné aux besoins, éviter de s’abonner à des licences inutiles, questionner si tous les départements ont besoin des mêmes ressources, etc.

Une entreprise peut effectivement augmenter son efficacité opérationnelle en implantant des mesures plus sobres. On parle entre autres de rationaliser et de réduire la complexité technologique, comme par exemple en privilégiant des outils qui répondent aux besoins réels, utiliser l’IA de façon proportionnée, améliorer la qualité des données et de leur traitement, recentrer les employés sur les activités à valeur ajoutée, etc.

Cela demande un travail d’analyse de processus et des systèmes mis en place afin d’éliminer le superflu, le dédoublement de tâches ainsi que la pollution numérique générée. À titre d’exemple, des employés qui travaillent tous les jours sur un système ERP disproportionné, lourd et complexe, peuvent définitivement éprouver des frustrations quant à la lenteur et aux conflits occasionnés. À l’inverse, une infrastructure technologique appropriée et maîtrisée par les employés se traduit plutôt en augmentation de la productivité et à la réduction de perte de temps.

L’expérience client peut aussi se voir bonifiée par le principe de sobriété et de frugalité numérique. On peut regarder cette dimension sous différents angles. Par exemple, une marque en ligne qui utilise les technologies de façon réfléchie et cohérente avec ses réels besoins décidera peut-être de travailler sur un système ERP simplifié. Cette décision a de bonnes chances de se refléter par une expérience client plus fluide et performante lors du parcours web et de d’autres points de contact avec le serveur. 

De plus, délaisser ou réduire le numérique peut entre autres impliquer un apport humain. Dans plusieurs cas, l’expérience client voit encore le service humain comme positif, voire même inégalé par l’IA générative. On peut constater que dans le domaine du luxe, des services personnalisés, ou de la vente-conseil par exemple, le service en personne offre une certaine confiance et satisfaction versus des agents conversationnels génératifs souvent perçus comme plus impersonnels.

Bien que les avantages de la sobriété et de la frugalité numérique soient nombreux, les gestionnaires d’équipe peuvent se sentir confus face à son adoption et à son accessibilité.

Voici un plan d’action en quatre étapes, ayant pour but d’outiller quiconque souhaite entamer une telle transition.

1. Réaliser un diagnostic de l’environnement numérique actuel 

Dans un premier temps, il est primordial pour toutes entreprises de connaître en profondeur son environnement technologique; c’est-à-dire ses logiciels, toutes informations reliées à l’espace cloud et son univers infonuagique, les modèles et licences d’IA enregistrées, l’équipement informatique, etc. En plus de cet inventaire, on parle d’être capable de calculer les volumes de données stockées, ainsi que d’avoir une idée de quel type de centre de données est affilié aux serveurs.

Les gestionnaires devraient aussi être en mesure de décrire les activités numériques impliquant de lourdes manipulations, pour quelles tâches leurs équipes ont-elles recours à l’IA, quelles sources et puissance d’IA est utilisée, etc. Le but étant d’élaborer une vision claire des activités numériques de l’entreprise et de tenir un inventaire de des actifs technologiques.

2. Identifier les usages inutiles

Après avoir pris connaissance de l’environnement technologique, il est maintenant possible de repérer tous usages inutiles; soient les dédoublements de tâches, le contenu superflu, les processus à faible valeur ajoutée, les données stockées désuètes, les logiciels non utilisés, ou utilisés de façon vague, etc. 

Chacun de ces points deviendront des cibles d’amélioration. Il peut être intéressant de classer ces derniers par impact, que ce soit financier, par complexité, ou par lourdeur énergétique par exemple. Les gestionnaires pourront après juger de ce qui est le plus prioritaire à entreprendre pour leur politique de sobriété.

3. Mettre en place des actions ciblées

L’objectif est ici de définir et de mettre en place la politique de sobriété numérique à l’aide de nouvelles actions en réponse aux problématiques soulevées. Ces nouvelles procédures s’ancrent dans la politique et la culture de sobriété de l’entreprise. Voici quelques exemples; définir un calendrier de suppression de données ou de contenu, établir des règles d’utilisation de l’IA, calculer et suivre la consommation d’énergie liée à l’utilisation des technologies, établir des critères stricts lors d’achat de nouveau matériel et logiciel informatique. 

Il peut même s’avérer extrêmement pertinent de nommer une personne en charge de la transition. Ce leader du numérique serait en mesure de faire le pont entre les équipes TI et les autres départements, ainsi que d’orchestrer de manière globale la fluidité de la mise en place de la politique.

4. Mesurer l’impact de la politique

L’objectif de cette étape vise à s’assurer que les initiatives mises en place ajoutent une valeur réelle à l’entreprise. C’est ici que s’inscrit l’importance d’avoir établi un diagnostic pré-sobriété sous plusieurs points; on peut ainsi comparer la performance de l’entreprise à l’aide de d’indicateurs cohérents. Par exemple, imaginons une entreprise qui utiliserait l’IA pour créer son contenu, et qui depuis la politique de sobriété, l’utilise uniquement à des fins d’inspiration mais pas pour la partie création. Il devient intéressant de mesurer le taux d’engagement, ou encore le taux de clic, des publications avant et après la stratégie de sobriété et voir celles qui performent le plus. L’analyse des résultats permettra de voir si les nouvelles pratiques rendent l’entreprise plus efficace et compétitive. Des rencontres de performance trimestrielles seront des moments stratégiques pour évaluer la politique de sobriété en profondeur et adapter le plan au besoin. 

Source de la photo: Grenier aux nouvelles (2022)

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En conclusion, la sobriété numérique représente bien plus qu’une réponse aux enjeux environnementaux; elle devient un levier de performance et de différenciation pour les entreprises. En analysant leur environnement technologique, repérant les usages à faible valeur ajoutée, ciblant des stratégies de sobriété et de réduction de l’utilisation de technologies superflues, et en mettant en place des outils d’analyse de performance, les gestionnaire de la sobriété se positionnent stratégiquement face aux enjeux modernes à l’ère des changements climatiques. Un tel concept mérite définitivement d’être testé, mesuré et adapté à différents domaines d’activité.

RÉFÉRENCES

Bordage, Frédéric (4 novembre 2025). “Intelligence artificielle: jusqu’à 60 fois plus d’impacts selon l’IA utilisée”. Article publié sur GreenIT. Récupéré de: https://www.greenit.fr/2025/11/04/intelligence-artificielle-jusqua-60-fois-plus-dimpacts-selon-lia-utilisee/?utm_source=qwant&utm_medium=referral&utm_campaign=ai_flash

Descamps, Sarah, Temperman, Gaëtan, et De Lièvre, Bruno. (2022). “Vers une éducation à la sobriété numérique”. Article de Humanités numériques Vol. 5. Récupéré de : https://journals.openedition.org/revuehn/2858 

Fagotti, Mothey (5 novembre 2025). “Marketing numérique responsable: vers un usage réfléchi de l’IA”. Article de blogue réalisé dans le cadre du cours Sylvain Amoros – professeur à HEC Montréal. Récupéré de: https://digital.hec.ca/blog/marketing-numerique-responsable-ia/. 

Greenoco (15 mai 2022). “Qu’est-ce que la sobriété numérique?”. Article publié sur le blogue Greenoco. Récupéré de : https://greenoco.io/quest-ce-que-la-sobriete-numerique/ 

Grenier aux nouvelles (11 novembre 2022). “Activis élimine l’empreinte carbone générée par ses réalisations”. Article publié dans Grenier aux nouvelles. Récupéré de: https://www.grenier.qc.ca/actualites/31067/activis-elimine-lempreinte-carbone-generee-par-ses-realisations?utm_source=chatgpt.com

Leroux, R. et Beaumont C. (11 mai 2022). “Pour une vie numérique moins polluante”. Article publié dans L’Actualité. Récupéré de: https://lactualite.com/environnement/un-point-cinq/pour-une-vie-numerique-moins-polluante/ 

Site du gouvernement français (2026). “IA frugale: concevoir et utiliser une intelligence artificielle sobre”. GOUVERNEMENT – IA dans l’État. Récupéré de: https://ia.numerique.gouv.fr/ressources/ia-frugale-concevoir-et-utiliser-une-intelligence-artificielle-sobre/ 

Venne, Jean-François (03 mai 2023). “Lancer le mouvement de la sobriété numérique”. Article publié dans Les Affaires. Récupéré de: https://www.lesaffaires.com/dossiers/numerique-durable-viser-la-sobriete-3/lancer-le-mouvement-de-la-sobriete-numerique-2/ 

Wade, M. et Wirtz, J. (1er juillet 2026). “Responsible AI Is Becoming a Growth Strategy”. Article digital publié dans Harvard Business Review. Récupéré de: https://services.hbsp.harvard.edu/api/courses/1445233/items/H099BQ-PDF-ENG/sclinks/2f3cf43d46296651261d956980ee99fa 

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