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la numérisation des médias traditionnels et les impacts sur l'environnement
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Numérisation des Médias : le Paradoxe Écologique de Jevons

Dans un monde de plus en plus numérisé, la transition des médias traditionnels vers le digital est souvent saluée comme étant une prouesse écologique. Pourquoi ? Moins de papier, moins d’encre, moins de déchets physiques. Bref, la numérisation des médias semble la réponse parfaite à tous nos problèmes écologiques. Peu de gens s’en rendent compte, mais derrière cette apparence se cache un phénomène moins connu, le paradoxe de Jevons.

Le paradoxe de Jevons, ou l’effet de rebond, formulé par l’économiste William Stanley Jevons, démontre que l’amélioration de l’efficacité énergétique d’une ressource amène plus souvent une augmentation de la consommation globale plutôt qu’une réduction (Pour l’Éco, 2021). Cela est dû à la baisse des coûts relatifs à son utilisation, ce qui ne fait qu’encourager la population à consommer davantage. À la base observée pour la consommation du charbon au 19e siècle, il est encore pertinent de discuter de ce phénomène pour des secteurs tels que l’énergie et les technologies. Aujourd’hui, le paradoxe de Jevons démontre les défis auxquels nous faisons face dû à la numérisation des médias.

En 2020, « les usages numériques sont responsables de 5% des émissions de GES du Québec. » (Pinsard et Toussaint, 2020). On prévoit que ce chiffre va doubler d’ici 2025 (Gouvernement du Québec, 2020). Surprenant n’est-ce pas ? Ces données illustrent parfaitement le Paradoxe de Jevons : nous réduisons notre empreinte écologique du côté des médias traditionnels, mais nous l’augmentons à vitesse grand V du côté numérique.

les usages du numériques sont responsables de 5% des émissions de GES du Québec.

Dans cet article, nous analyserons cette contradiction moderne. Nous observerons, pour commencer, les avantages de la numérisation des médias traditionnels, pour comprendre comment la numérisation contribue, en théorie, à diminuer notre empreinte écologique. Par la suite, nous regarderons l’envers de la médaille, en explorant comment cette numérisation entraîne une consommation accrue de ressources, ce qui tache notre empreinte environnementale. Cet article vise à amener une perspective équilibrée sur l’impact de la numérisation des médias traditionnels sur l’environnement, tout en apportant, pour finir, des perspectives et solutions pour nous aider à réduire notre empreinte environnementale malgré le contexte actuel.

Contexte de la numérisation des médias traditionnels

Avant de commencer, définissons ce que sont les médias traditionnels. Ceux-ci désignent l’ensemble des médias qui permettent de rejoindre une forte audience et une large cible. On parle souvent de médias traditionnels pour la télévision, la radio, l’affichage et la presse (Média E. Stratégia, 2015). Puisque l’on discute de la numérisation, nous allons nous concentrer sur l’affichage et la presse.

Historiquement, la presse papier est grandement critiquée sur sa consommation excessive de papier pour sa distribution. L’industrie de la pâte à papier est l’un des secteurs industriels qui le plus d’impact négatif sur les forêts. Représentant environ 13-15% de la consommation totale de bois à l’échelle mondiale, la production de papier nécessite une immense quantité d’eau et d’énergie (WWF, 2024). On doit aussi pratiquer la déforestation pour créer des plantations pour pâtes et papier dans des régions comme le Grand Mékong et l’Indonésie (WWF, 2024).

Mais combien de tonnes de papier un journal peut-il avoir besoin pour fonctionner à l’année ? En 2017, le Journal de Québec a divulgué ses chiffres : 10 000 tonnes de papier sont utilisées pour produire environ 100 000 copies (Biron, 2017). Ce journal a aussi besoin de 150 tonnes d’encre noire pour l’impression (Biron, 2017). Imaginons maintenant à l’échelle mondiale comment la consommation de ses matières est immense.

ce qui est nécessaire pour produire 100 000 copies d'un journal

En plus de vouloir s’adapter aux habitudes des consommateurs, les médias traditionnels avaient pour motivation de faire la transition vers le numérique pour éviter les critiques sur leurs pratiques et leurs impacts sur l’environnement.

Avantages de la numérisation des médias traditionnels

Bien que le paradoxe de Jevons soit bel et bien présent, la transition au numérique des médias traditionnels a permis de réduire de manière considérable les déchets physiques et les coûts de distribution liés à ses activités.

Les documents numériques des médias permettent aux journaux d’arrêter de commander du papier et de l’encre à grande quantité. Depuis mai 2023, la ville de Montréal interdit la distribution du Publisac aux gens qui ne l’ont pas demandé (Corriveau, 2022). Cette initiative permet de réduire les déchets physiques que représentent les journaux et magazines jetés. 

En plus de sauver sur les matières premières, les compagnies peuvent réduire leur effectif. La numérisation des médias traditionnels permet de supprimer plusieurs activités clés dans les usines comme la production, la distribution physique, etc. En moins de 25 ans, le milieu des journaux et magazines a coupé près de 300 000 postes aux États-Unis, alors que « l’information sur Internet n’en a créé que la moitié » (Agence France-Presse, 2016). À l’échelle mondiale, ces coupures sont immenses. Moins de personnes dépensent donc d’énergie pour se rendre sur le lieu de travail et pour accomplir les tâches du quotidien. 

L’accessibilité du contenu est considérablement favorisée avec la numérisation des médias. En effet, les utilisateurs peuvent accéder à l’information, peu importe où et via n’importe quel appareil connecté à Internet. On élimine donc tous les coûts qui sont attribués à la distribution physique comme le transport et le stockage. Bref, la numérisation des médias traditionnels impact en partie de manière positive l’empreinte environnementale du secteur.

Inconvénients et défis environnementaux de la numérisation

Même si la numérisation des médias traditionnels a diminué certains impacts sur l’environnement, elle amène son lot de nouveaux défis. Entre autres, l’infrastructure numérique et la fabrication des appareils numériques consomment des sommes d’énergie considérable, en plus d’engendrer des déchets électroniques.

Les data centers, qui sont des regroupements d’équipements constituants des systèmes d’information (IBM, 2024), consommaient entre 240 et 340 TWh d’énergie en 2022, ce qui représentait environ 1,1% de la demande électrique au monde (IEA Org, 2024). Ces données excluent les serveurs de forage de cryptomonnaie puisqu’elles ne touchent pas notre sujet. Les journaux ne sont pas toujours outillés pour comprendre la consommation d’énergie de leur centre de données où est hébergé leur site web d’entreprise. Au Québec, la majorité des centres de données fonctionnent sur l’hydroélectricité, minimisant ainsi les impacts négatifs (Bergeron et Riopel, 2022). Cependant, c’est une minorité des centres de données mondiaux qui fonctionnent sur de l’énergie renouvelable.

En 2022, les centres de données représentaient environ 1,1% de la demande électrique au monde.

Pour produire un ordinateur portable de 2kg, on doit utiliser 800kg de ressources (La Fresque du Numérique, 2024). On compte 200kg d’énergie fossiles, 600kg de minéraux et plusieurs milliers de litres d’eau potable (La Fresque du Numérique, 2024). Imaginons maintenant la quantité de ressources qui doit être utilisée pour construire les centres de données mondiaux. Puisque la numérisation des services est toujours en croissance, les équipements doivent rester à la fine pointe de la technologie. On observe une production constante d’équipement, ce qui entraîne aussi des déchets électroniques constants.

Perspectives et solutions pour un avenir plus durable

Bien que la numérisation des médias comporte ses défis environnementaux, il est possible d’apporter des solutions à ce secteur. Les gouvernements, les entreprises et les consommateurs ont chacun leur rôle à jouer pour sortir du paradoxe de Jevons.

En 2022, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) s’est joint à plusieurs acteurs pour lancer la Coalition for Digital Environnemental Sustainability (CODES). Ce plan d’action comporte des tactiques pour s’attaquer aux défis des déchets électroniques, des gaz à effet de serre et l’extraction des métaux (UNEP, 2022). Cela démontre que le sujet de l’empreinte environnementale du numérique est au cœur de l’agenda afin d’assurer un développement durable réussi.

Si les gouvernements communiquent leurs tactiques aux entreprises, ceux-ci pourront prendre action de manière plus concrète. En attendant, les entreprises médiatiques peuvent s’assurer d’avoir leur site web hébergé dans des lieux qui fonctionnent à l’énergie renouvelable, d’optimiser leur site web à l’interne pour qu’il soit plus vert et peuvent aussi s’assurer de limiter leurs déchets électroniques.

Il est très difficile pour les consommateurs de médias de comprendre l’empreinte carbone globale de ce secteur puisqu’il est relativement nouveau. Faites le tour de votre entourage et vous constaterez qu’une minorité se doute que le numérique a des impacts environnementaux. Il est alors très difficile pour eux d’avoir des comportements qui puissent améliorer leur empreinte écologique de manière numérique. Des activités de sensibilisation comme la Fresque du Numérique (Fresque du Numérique, 2024) ou la Fresque du Climat (Fresque du Climat, 2024) existent pour permettre aux gens de s’instruire sur les impacts qu’ont leurs gestes au quotidien.

Un regard holistique sur la situation

Finalement, la numérisation des médias traditionnels illustre parfaitement le paradoxe de Jevons, qui démontre que les avancées technologiques en matière d’efficacité énergétique et la réduction de déchets sont contrebalancées par une augmentation globale de la consommation dans le numérique. Cette réalité souligne qu’il est important de comprendre les impacts positifs et négatifs de la numérisation des médias traditionnels afin d’avoir une consommation plus éduquée. En tant que société, nous devons continuer à fournir des efforts pour minimiser l’empreinte environnementale du secteur du numérique, et ce, même s’il est en pleine croissance. 

Si vous le souhaitez, voici un podcast résumant la situation décrite dans cet article :

Références

Agence France-Presse (2016, juin 8). « Internet n’a pas remplacé les emplois perdus », Le Devoir. Récupéré de https://www.ledevoir.com/culture/medias/472838/journaux-americains-internet-n-a-pas-remplace-les-emplois-perdus

Bergeron, Ulysse et Alexis Riopel (2022, novembre 11). « Hydro-Québec prévoit une multiplication des centres de données », Le Devoir. Récupéré de https://www.ledevoir.com/economie/770321/hydro-quebec-prevoit-une-multiplication-des-centres-de-donnees

Biron, Pierre-Paul (2017, septembre 30). « Des tonnes de papier journal », Le Journal de Québec. Récupéré de https://www.journaldequebec.com/2017/09/30/des-tonnes-de-papier-journal

Corriveau, Jeanne (2022, avril 12). « Montréal limitera la distribution du Publisac », Le Devoir. Récupéré de https://www.ledevoir.com/politique/montreal/698175/montreal-limitera-la-distribution-du-publisac

IBM (2024). “What is a data center?” Récupéré de https://www.ibm.com/topics/data-centers

International Energy Agency (2023, juillet 11). “Data centres and data transmission networks”. Récupéré de https://www.iea.org/energy-system/buildings/data-centres-and-data-transmission-networks

Levée, Valérie (2022, février 2). « Consommation numérique et GES: la fabrication pire que l’utilisation? », Gouvernement du Québec. Récupéré de https://www.scientifique-en-chef.gouv.qc.ca/impact-recherche/consommation-numerique-et-ges-la-fabrication-pire-que-lutilisation/

Média & Stratégia (2015). « Services médias traditionnels ». Récupéré de http://www.mediaestrategia.com/services_medias-traditionnels.php

La Fresque du Climat (2024). « Accueil ». Récupéré de https://fresqueduclimat.org/

La Fresque du Numérique (2024). « Accueil ». Récupéré de https://www.fresquedunumerique.org/

Pinsard, Maxime et Julien Toussaint (2020, août). « L’impact environnemental du numérique au Québec et au Canada », Shifters Montréal. Récupéré de https://zenodo.org/records/4284860

Pour l’Éco (2021, juillet 7). « L’effet rebond, paradoxe de Jevons ». Récupéré de https://www.pourleco.com/le-dico-de-l-eco/leffet-rebond-paradoxe-de-jevons

UNEP (2022, juin 2). “Global digital coalition presents plan for a green digital revolution”. Récupéré de https://www.unep.org/news-and-stories/press-release/global-digital-coalition-presents-plan-green-digital-revolution World Wide Fund For Nature (2024). “Pulp and Paper”. Récupéré de https://wwf.panda.org/discover/our_focus/forests_practice/forestry/pulp_and_paper/

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Marc-Antoine Germain

Une réponse

  1. Vraiment TRÈS intéressant
    Jusqu’à maintenant, j’étais de ceux qui croyaient que le numérique n’avait pratiquement aucun impact sur l’environnement

    Bravo pour cet article Marc-Antoine!!!

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